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L'empreinte écologique

 

Une des principales questions à se poser lorsque l'on crée un projet qui a pour but d'améliorer l'état de santé de notre planète est celle du bilan écologique. En particulier, un projet comme le nôtre qui implique des déplacements internationaux, parfois en avion, pourrait avoir une empreinte écologique importante. Est-ce que nos objectifs sont malgré tout atteints ? Nous avons été interpellés plusieurs fois à ce propos lors de l'annonce de la naissance de l'association. Ce problème a été mûrement réfléchi, et voici en quelques lignes l'avis des fondateurs de VEO.

Nous avons un système de société incohérent, non viable à long terme. Un des points qui rend nos actions complexes est qu'il est impossible de vivre dans ce système sans polluer et avoir un impact écologique négatif. Si on veut avoir des actions non polluantes, il est impossible d'agir pour l'environnement. Quel paradoxe !

Editer un journal pour sensibiliser le public, se rendre à une réunion pour sauvegarder une zone naturelle, organiser une visite guidée, faire un site Internet... il faut du carburant, de l'électricité, du papier, des métaux lourds, etc.

Se déplacer à vélo semble la solution parfaite ? Un vélo fabriqué en Chine de manière douteuse (il ne reste -quasi ?- aucun vélo fabriqué en Europe) et transporté par bateau jusqu'en Europe...

Si l'on veut agir pour l'environnement, il existe deux manières :

- Soit on disparaît de la société (tout en restant en vie, la solution de l'exil pour un écovillage semble la solution unique). Dans ce cas, on diminue à zéro, ou presque, sa propre empreinte écologique.
- Soit on agit dans la société, et alors il faut réfléchir entre le négatif inévitable (pollution, consommation d’énergie, etc) et le positif (zones protégées, personnes sensibilisées, etc).

Comment quantifier ? Est-il possible de quantifier ? Certains tentent de le faire et nous serons vraisemblablement amenés à le faire. Mais pour cela, il faut tenir compte d'énormément d'éléments.

Exemple : une visite guidée de sensibilisation à la protection des milieux humides. Le guide vient à vélo, génial. Il a choisi des jumelles Kite qui évitent les métaux lourds. Il porte sur lui des vêtements bio, ne mange pas de nourriture pulvérisée ni de viande et a annoncé son activité sur papier recyclé et sur Internet. C'est quasiment un saint ce guide ! Son empreinte écologique à lui est très réduite. Mais... combien de personnes seront venues à son activité? En voiture ? Souvent seule dans une voiture ! Il ne serait pas étonnant que 20 personnes aient parcouru chacune 50 km (aller-retour). 1000 km de parcourus pour quoi ? Si personne par la suite ne diminue ses déplacements ou sa consommation de viande pour ne citer que les comportements les plus énergivores... l'activité de la visite guidée est négative sur le plan du bilan écologique !

Mais qui sait ? Si on compte que sans cette activité les participants auraient à la place parcouru 100 km pour un concert de Johnny Halliday, alors le bilan est positif. Comment savoir ?

Comment calculer si nos voyages VEO sont positifs ou négatifs? En étudiant le négatif, par exemple avion, autre véhicule, papier recyclé, site Internet, téléphones, etc, et comparant avec le positif immédiat comme la nourriture non ou peu carnée, non ou peu pulvérisée, l'aide à la protection des sites visités, etc... Le bilan est négatif. Aucun doute. Vu de cette manière simpliste, le bilan de nos actions n'est pas à notre avantage !

De manière générale, les voyages naturalistes "classiques", notamment ornithologiques, même avec la "touche" VEO (en diminuant la pollution liée à la nourriture, déchets plastiques, etc.) ont une empreinte écologique négative, si elle est calculée à court terme.

Par contre, si grâce au voyage une, deux ou trois personnes changent leur comportement par rapport à leur mode de vie chez eux ? Là, la réponse est moins évidente. Positif ? Négatif ? Des dizaines d'arguments et contre-arguments existent, mais aucune conclusion ne pourra être tirée à ce stade. VEO réfléchit bien sûr à maîtriser au mieux ce type d’information.

Il y a toutefois une autre manière, à notre avis plus objective, de présenter les choses.

Des milliards de tonnes de CO2 sont rejetés dans l'atmosphère puisque notre société est basée sur le pétrole. Ce système est à changer, mais actuellement, c'est ainsi. De ces milliards de tonnes, voitures, bateaux et avions se partagent une bonne part des responsabilités. Il faut savoir que les bateaux, puisque l'on transporte tout et n'importe quoi, utilisent au total nettement plus de carburant que les avions ! Pensez-donc d’où viennent les produits que l'on achète…

Il faut aussi compter le gaspillage à la source. L'exploitation du pétrole elle-même (notamment via les torchères au moment du raffinage) brûle autant de carburant chaque année que tous les avions de la planète réunis ! De tous ces avions qui volent, pour parler de ce mode de transport souvent diabolisé, le tourisme ne représente encore qu'une proportion non négligeable mais pas une majorité. Il y a le fret, le business, etc...

Puis il y a des choix politiques (exemple : il n'y a pas de TGV entre Madrid et Barcelone alors que l'avion transporte annuellement 2.7 millions de passagers entre ces deux villes).

Enfin, le tourisme ornitho/naturaliste là-dedans, que représente-t-il ? Même pas 1% du tourisme mondial. Et VEO ou pas, ces quelques centaines de milliers de personnes dans le monde qui voyagent pour l'ornithologie continueront à voyager tant que c'est financièrement possible.

Par contre, si on utilise cette petite source d'énergie (temps, argent, motivation) provenant des naturalistes qui souhaitent voyager pour faire quelque chose de bien qui a vraiment un impact écologique? Un impact sur le mode de vie ici, là-bas, sur le mode de voyage et sur la protection des habitats ?

Actuellement - et c'est dommage - la SEULE chance de survie pour une partie de l'Amazonie, de la forêt congolaise, des grandes savanes d'Afrique orientale et ses mammifères, ainsi que tous les grands habitats de la planète, c'est le tourisme. Un tourisme qui existe et se développe même ! Dans tourisme il y a tourisme de masse, tourisme exclusif, tourisme de chasse... et maintenant VEO.

Alors nous regardons ces gens voyager, polluer avec comme seul impact positif d'amener un peu d'argent à ces zones protégées. Soit nous nous joignons au mouvement, et montrons à tous ces gens qu'au lieu de quelque 1% du prix de leur voyage soit consacré à la protection de la nature, plus de 20% ou 30% peuvent y aboutir ! Leur montrer que l'on peut vivre d'une manière à améliorer les choses plutôt que les empirer, que l'on peut apprendre aux gens sur place à faire ce travail ; ainsi un jour ils pourront guider, montrer, protéger, sensibiliser... sans avoir besoin de l'aide de l'Occident si dominant et colonisateur.

Analyser de cette manière, nous pensons donc VEO a un impact très largement plus positif que négatif. Cette approche de l'éco-tourisme est non seulement positive, mais c'est, dans l'immédiat, la seule chance de sauvegarder une nature authentique sur notre planète. Que l'on soit bien clair : nous espérons sincèrement qu'il y aura bientôt d'autres issues. Grâce à un changement des mentalités au niveau mondial... auquel VEO participe.

Et si tout cela coûte moins de 1% du carburant utilisé par le tourisme, lui-même n'utilisant qu'une partie du carburant utilisé par les transports aériens, eux-mêmes n'utilisant qu'une minorité du carburant consommé dans le monde... oui, l'investissement VEO en vaut la chandelle.